📍 Actualité immobilière · Immobilier d’entreprise · Jurisprudence
⚡ Actu septembre 2026
Par un arrêt du 3 septembre 2026, la Cour de cassation opère un revirement de jurisprudence et considère qu’une clause prévoyant une augmentation forfaitaire annuelle du loyer fait échec aux règles d’ordre public de révision des baux commerciaux.
✍️ Par Christelle Girard, Formatrice · 📅 Octobre 2026 · ⏱️ 5 min de lecture
Pendant longtemps, certains bailleurs ont considéré qu’une clause prévoyant une augmentation automatique du loyer de 1,5 % ou 2 % par an constituait une solution simple pour garantir une progression régulière du revenu locatif.
Le mécanisme semblait séduisant : pas d’indice à surveiller, pas de calcul complexe, pas de demande de révision à formuler. Le loyer augmentait automatiquement chaque année selon le pourcentage convenu dans le bail.
Mais une décision rendue par la Cour de cassation le 3 septembre 2026 vient bouleverser cette pratique. Dans un arrêt particulièrement remarqué, la Haute juridiction estime qu’une clause prévoyant une augmentation forfaitaire annuelle de 1,5 % du loyer doit être réputée non écrite car elle fait échec aux règles d’ordre public encadrant la révision des loyers commerciaux. Il s’agit d’un véritable revirement de jurisprudence qui mérite toute l’attention des professionnels de l’immobilier d’entreprise.
L’affaire concernait un bail commercial prévoyant une augmentation automatique du loyer à hauteur de 1,5 % chaque année au 1er janvier.
À première vue, cette stipulation pouvait sembler parfaitement licite. Les parties restent en effet libres de négocier les conditions économiques de leur contrat lors de sa conclusion.
Or, en matière de bail commercial, la liberté contractuelle rencontre rapidement une limite : le statut des baux commerciaux contient plusieurs dispositions d’ordre public destinées à encadrer l’évolution du loyer au cours de l’exécution du bail.
C’est précisément sur ce terrain que la Cour de cassation est intervenue.
Pour comprendre la décision, il faut revenir sur les principes qui gouvernent la révision du loyer commercial.
Le Code de commerce organise notamment :
Ces mécanismes relèvent de l’ordre public. Dès lors, toute clause qui empêche leur application normale est susceptible d’être sanctionnée. La Cour de cassation rappelle d’ailleurs que « doit être réputée non écrite toute clause qui fait échec au jeu de la révision légale du loyer ».
Pour les magistrats, une augmentation forfaitaire annuelle et automatique constitue en réalité une clause de révision du loyer intervenant exclusivement à la hausse. Elle entre ainsi en contradiction avec le système légal de révision organisé par le statut des baux commerciaux.
Conséquence : la clause est réputée non écrite.
L’intérêt de cette décision tient également au fait qu’elle marque un changement de position de la Cour de cassation.
En 2022, la troisième chambre civile avait admis la validité d’une clause prévoyant une augmentation forfaitaire annuelle de 4,5 %. Les praticiens pouvaient donc légitimement penser que ce type de stipulation restait compatible avec le statut des baux commerciaux.
L’arrêt du 3 septembre 2026 tourne clairement cette page.
Les bailleurs, investisseurs et gestionnaires qui s’appuyaient sur cette jurisprudence plus ancienne devront désormais adapter leur pratique.
Comme quoi, en droit des baux commerciaux, une clause réputée solide peut parfois connaître le même destin qu’un locataire en fin de bail : elle reçoit un congé inattendu.
Cette décision ne doit toutefois pas être interprétée trop largement.
La Cour de cassation ne condamne pas l’ensemble des mécanismes permettant de faire évoluer un loyer commercial.
Elle distingue expressément les clauses d’augmentation forfaitaire des clauses d’indexation.
La différence est essentielle.
Une clause d’indexation repose sur un indice objectif dont l’évolution détermine la variation du loyer.
La clause litigieuse, au contraire, prévoyait uniquement une hausse automatique de 1,5 % par an sans référence à un quelconque indice.
Cette distinction mérite d’être rappelée aux propriétaires qui pourraient s’inquiéter à tort de la validité de leur clause d’échelle mobile.
L’arrêt opère également une distinction entre l’augmentation forfaitaire annuelle et les loyers progressifs par paliers.
Dans un bail à paliers, les parties déterminent dès l’origine plusieurs montants de loyer applicables successivement pour des périodes déterminées.
À l’inverse, la clause censurée organisait une augmentation annuelle sans limitation de durée et sans plafond particulier.
Pour la Cour de cassation, il ne s’agit donc pas de mécanismes comparables.
Cette précision est importante pour les praticiens car les loyers à paliers sont fréquemment utilisés dans certaines opérations de commercialisation, notamment lors de l’installation d’une activité nouvelle ou dans le cadre d’opérations immobilières complexes.
Cette décision soulève plusieurs interrogations pratiques.
Les propriétaires de locaux commerciaux devront vérifier les stipulations figurant dans leurs baux afin d’identifier l’existence éventuelle de clauses similaires.
Les gestionnaires de patrimoine immobilier et les asset managers auront également intérêt à analyser l’impact potentiel de cette jurisprudence sur les revenus attendus des actifs concernés.
Enfin, lors de la rédaction de nouveaux baux, il conviendra d’être particulièrement vigilant quant aux mécanismes d’évolution du loyer proposés aux parties.
L’objectif n’est évidemment pas de renoncer à toute progression du loyer, mais de privilégier des dispositifs compatibles avec les dispositions d’ordre public du statut des baux commerciaux.
Cette décision illustre une réalité bien connue des acteurs de l’immobilier d’entreprise : la rédaction des clauses financières du bail mérite une attention particulière.
Un mécanisme qui paraît économiquement pertinent n’est pas nécessairement juridiquement sécurisé.
Le revirement opéré par la Cour de cassation rappelle également l’importance d’une veille juridique régulière. Une pratique admise hier peut devenir contestable aujourd’hui, avec des conséquences parfois importantes pour les parties au contrat.
Pour les conseils en immobilier d’entreprise, les administrateurs de biens spécialisés et les gestionnaires d’actifs, cet arrêt constituera probablement une référence incontournable dans l’analyse des clauses de fixation et de révision des loyers commerciaux.
🎓 Pour aller plus loin
Découvrez également nos formations consacrées aux baux commerciaux, à la négociation des clauses financières et à l’actualité jurisprudentielle de l’immobilier d’entreprise.
Formation finançable par votre OPCO, sous conditions. Nous vous accompagnons dans la démarche.
Christelle Girard
Formatrice chez Immodroit Formation
Contactez nous par téléphone au 07 66 23 83 01
ou par e-mail à contact@immodroit-
ou directement en nous laissant votre demande en remplissant les champs ci-contre.
Notre équipe commerciale est disponible pour vous !