Organisme référencé Datadock

Hauteur sous plafond des logements :

chronique d’une norme mouvante entre décence, salubrité et lutte contre l’habitat indigne

La question de la hauteur sous plafond des logements paraît, à première vue, relever d’une problématique purement technique. Pourtant, derrière les fameux « 2,20 mètres » que l’on retrouve comme alternative au titre du « décret décence » (Décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002) mais comme obligation dans la plupart des règlements départementaux sanitaires de France,  se cache un contentieux majeur mêlant droit du logement, police sanitaire, habitat indigne, hiérarchie des normes et tensions politiques autour de la crise du logement.

studio mansardé moderne

Pourquoi la règle des 2,20 m provoque autant de contentieux ?

Depuis plus de vingt ans, la réglementation française oscille entre deux impératifs contradictoires :

  • protéger les occupants contre les logements dégradés ou dangereux ;
  • éviter d’exclure du marché locatif des logements atypiques, anciens ou situés dans les zones tendues.

 

Cette tension a conduit à une succession de textes, de décisions administratives et de revirements jurisprudentiels qui ont profondément bouleversé la portée des RSD, du décret décence de 2002 et, plus récemment, du décret du 29 juillet 2023 partiellement annulé par le Conseil d’État en 2024.

Le socle historique des règlements sanitaires départementaux (RSD)

Avant même l’apparition du « logement décent », la réglementation française de l’habitat reposait principalement sur les règlements sanitaires départementaux.

Ces règlements trouvent leur fondement dans l’article L.1311-2 du Code de la santé publique, permettant au préfet d’édicter des règles sanitaires locales.

Le célèbre RSD type prévoyait notamment :

  • une surface minimale ;
  • une ventilation suffisante ;
  • un éclairement naturel ;
  • et surtout une hauteur sous plafond minimale de 2,20 mètres.
 

Pendant longtemps, ces règles furent appliquées de manière extrêmement stricte par les administrations sanitaires et les juridictions administratives.

La logique était simple :

  • un logement inférieur à 2,20 m était présumé impropre à l’habitation ;
  • notamment lorsqu’il s’agissait de caves, sous-sols ou combles aménagés.
 

Cette approche était particulièrement utilisée dans le cadre de l’ancien article L.1331-22 du Code de la santé publique relatif aux « locaux impropres par nature à l’habitation ».

Le décret de 2002 a-t-il assoupli la hauteur sous plafond minimale ?

Le véritable bouleversement intervient avec le Décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent.

Pris pour l’application de la loi du 6 juillet 1989, ce décret introduit une logique totalement différente.

L’article 4 du décret prévoit qu’un logement décent doit disposer :

  • soit d’une pièce principale d’au moins 9 m² avec une hauteur sous plafond d’au moins 2,20 m ;
  • soit d’un volume habitable d’au moins 20 m³.
 

Et c’est précisément ce second critère qui a profondément modifié le débat juridique.

Car désormais :

  • un logement pouvait être considéré comme décent même avec une hauteur inférieure à 2,20 m ;
  • dès lors que le volume habitable atteignait 20 m³.
 

Cette approche introduisait une logique fonctionnelle et non plus strictement géométrique.

Le décret décence n’imposait donc pas un seuil absolu de 2,20 m et laissait à la libre appréciation des juges, en cas de contentieux, le soin d’arbitrer l’habitabilité d’un logement.

Un logement avec moins de 2,20 m peut-il être considéré comme décent ?

hauteur sous plafond minimale

Rapidement, une difficulté majeure apparaît : les RSD continuaient d’imposer 2,20 m, tandis que le décret décence admettait des logements plus bas via le critère des 20 m³.

On se retrouvait alors dans une situation juridiquement paradoxale :

Un logement pouvait être décent au sens du décret de 2002 mais considéré comme impropre à l’habitation au regard du RSD.

Pourquoi les règlements sanitaires départementaux résistent encore aujourd’hui

Durant les années 2000 et jusqu’au milieu des années 2010, les règlements sanitaires départementaux ont continué à être appliqués avec une grande rigueur par les autorités administratives et les juridictions. 

En pratique, le seuil des 2,20 mètres de hauteur sous plafond était fréquemment utilisé comme critère quasi automatique d’habitabilité, notamment dans les contentieux relatifs aux caves, sous-sols et logements atypiques.

La Cour de cassation a notamment jugé dans un arrêt de 2015 (Cour de cassation, 3e civ., 17 décembre 2015, n° 14-22.754) que le RSD n’était « pas incompatible » avec le décret de 2002.

Cette formule, très commentée, a entre autre permis la survie des règlements sanitaires départementaux malgré l’existence du décret décence.

L’arrêt du Conseil d’État du 14 février 2018 change les règles d’habitabilité

Le véritable tournant jurisprudentiel intervient avec :

Conseil d’État, 14 février 2018, n° 409356

Dans cette affaire, le préfet de la Moselle avait mis en demeure un propriétaire de cesser la location d’un logement considéré comme un sous-sol impropre à l’habitation.

La raison principale :

  • la hauteur sous plafond était inférieure aux 2,20 m exigés par le RSD.
 

Or les caractéristiques du logement étaient particulières :

  • hauteur comprise entre 2,11 m et 2,15 m ;
  • larges ouvertures ;
  • éclairage naturel ;
  • ventilation suffisante ;
  • équipement complet ;
  • faible enfouissement du local.
 

Le Conseil d’État casse alors le raisonnement de la cour administrative d’appel.

Il affirme que :

« toute méconnaissance du règlement sanitaire départemental (…) ne justifie [pas] la qualification de local impropre par nature à l’habitation ».

Cette phrase est capitale.

Le Conseil d’État refuse désormais qu’une simple violation du RSD entraîne automatiquement l’impropriété à l’habitation.

Autrement dit le RSD cesse d’être auto-suffisant.

Le juge administratif impose une appréciation globale des caractéristiques du logement sans même prendre la peine de faire référence au décret décence.

On constate ici qu’il adopte une logique proche du critère des 20 m³ du décret de 2002 et neutralise indirectement la rigidité des RSD.

Cette décision a profondément fragilisé la portée pratique des règlements sanitaires départementaux.

Le décret du 29 juillet 2023 : la tentative d’harmonisation nationale

Le gouvernement a tenté d’aller encore plus loin avec :

 

Ce texte poursuivait plusieurs objectifs :

  • harmoniser les règles sanitaires sur le territoire ;
  • remplacer progressivement les RSD ;
  • moderniser les critères de salubrité ;
  • lutter contre l’habitat indigne.
 

Le texte introduisait dans le Code de la santé publique une nouvelle section réglementaire :

  • articles R.1331-17 et suivants CSP.
 

Concernant la hauteur sous plafond, le décret prévoyait notamment :

« Une hauteur sous plafond égale ou supérieure à 2,20 mètres est suffisante ».

Mais surtout :

les logements de hauteur inférieure pouvaient rester habitables lorsqu’ils respectaient les critères du décret décence de 2002.

Le gouvernement assumait alors clairement une logique d’harmonisation nationale.

L’ANIL soulignait expressément que le texte visait « à harmoniser les règles d’hygiène jusqu’alors définies localement ».

En pratique, le décret revenait donc à :

  • marginaliser les anciens RSD ;
  • consacrer la logique nationale du décret décence ;
  • et assouplir les critères applicables à certains logements atypiques.

Pourquoi le décret de 2023 a provoqué une tempête politique et juridique

Le décret de 2023 a immédiatement suscité une levée de boucliers.

Associations de lutte contre le mal-logement, juristes et acteurs sanitaires ont dénoncé :

  • un assouplissement excessif ;
  • une légalisation indirecte de certains « souplex » ;
  • et un cadeau aux marchands de sommeil.
 

Les critiques visaient particulièrement :

  • les logements entre 1,80 m et 2,20 m ;
  • les sous-sols ;
  • les combles aménagés ;
  • et certains logements très étroits.
 

Le Haut Comité pour le droit au logement considérait même que le texte constituait : « une régression ».

Le débat était devenu hautement politique :

  • fallait-il augmenter l’offre locative dans les zones tendues ?
  • ou maintenir des standards sanitaires stricts ?

Le Conseil d’État annule une partie du décret de 2023 : quelles conséquences ?

Le nouveau séisme intervient avec l’arrêt du Conseil d’État, du 29 août 2024, n° 488640

Dans cette décision le Conseil d’État annule une partie du décret de 2023.

Techniquement, l’annulation repose sur un vice de procédure. Le Haut Conseil de la santé publique n’avait pas été reconsulté après des modifications substantielles du texte.

Mais les conséquences sont considérables.

L’annulation concerne précisément :

  • les règles relatives aux caractéristiques des locaux propres à l’habitation ;
  • notamment celles sur la hauteur sous plafond.
 

Résultat :

  • retour en force des RSD ;
  • disparition temporaire de l’harmonisation nationale ;
  • résurgence des règles locales plus strictes.

Le DAL s’est félicité de la fin des logements à 1,80 m sous plafond.

 

Peut-on encore louer un logement avec moins de 2,20 m sous plafond ?

Logement sous les 2,20 m

Actuellement, le régime juridique est extrêmement complexe.

Coexistent :

  • le décret décence de 2002 ;
  • certains RSD encore applicables ;
  • les dispositions non annulées du décret de 2023 ;
  • et la jurisprudence administrative issue de 2018.
 

Aujourd’hui :

  • un logement inférieur à 2,20 m n’est pas automatiquement impropre à l’habitation ;
  • mais il peut toujours être contesté au regard du RSD ;
  • tandis que le décret décence continue d’admettre le critère alternatif des 20 m³.
 

La situation reste donc juridiquement instable.

Professionnels de l’immobilier : ce qu’il faut retenir sur la hauteur sous plafond des logements

Le gouvernement travaille désormais à une nouvelle version du texte sanitaire.

Selon les travaux évoqués devant le Conseil national de l’habitat en 2026, un nouveau décret devrait prochainement être présenté afin de :

  • sécuriser juridiquement la réforme ;
  • reprendre la consultation du HCSP ;
  • clarifier définitivement la place des RSD.
 

La question centrale sera probablement la suivante :

La France souhaite-t-elle :

  • maintenir des standards départementaux historiquement protecteurs ;
  • ou consacrer définitivement une logique nationale harmonisée inspirée du décret décence ?

En réalité, l’enjeu dépasse largement la seule hauteur sous plafond.

Il concerne :

  • l’avenir des micro-logements ;
  • les « souplex » ;
  • les combles aménagés ;
  • et plus généralement la définition même d’un logement habitable dans un contexte de crise immobilière.

Vers une nouvelle définition du logement décent en France ?

L’histoire récente de la hauteur sous plafond illustre parfaitement la mutation du droit du logement français.

Pendant longtemps, la règle des 2,20 mètres issue des RSD a constitué un standard quasi intangible de salubrité.

Puis le décret décence de 2002 a introduit une approche plus souple fondée sur le volume habitable.

L’arrêt du Conseil d’État du 14 février 2018 a ensuite profondément réduit la portée automatique des RSD en imposant une appréciation globale des logements.

Le décret du 29 juillet 2023 a tenté d’achever cette harmonisation nationale avant d’être partiellement censuré en 2024.

Le droit positif se trouve aujourd’hui dans une zone intermédiaire :

  • ni véritable maintien des anciens RSD ;
  • ni consécration totale du modèle national du décret décence.
 

Le prochain décret sera donc déterminant.

Car derrière quelques centimètres de hauteur sous plafond se joue en réalité une question fondamentale : jusqu’où peut-on assouplir les normes d’habitabilité sans fragiliser la protection des occupants ?

Immodroit formation

Sur le terrain, ces sujets ne laissent pas de place à l’approximation. C’est pourquoi nous les traitons en profondeur dans nos formations, avec des cas concrets, des réponses opérationnelles et un objectif clair : vous rendre plus serein dans vos pratiques. Vous avez besoin de vous former ou de valider vos heures ALUR ? On en parle ensemble : laissez-nous un message, on vous recontacte gratuitement.

Articles similaires

Nous contacter

Contactez nous par téléphone au 07 66 23 83 01

ou par e-mail à  contact@immodroit-formation.fr

ou directement en nous laissant votre demande en remplissant les champs ci-contre.

Notre équipe commerciale est disponible pour vous !

En envoyant ce formulaire, j'accepte que les informations inscrites soient traitées dans le cadre de la demande.
Les champs marqués d'un * sont obligatoires

Disponibilités

Remplissez ce formulaire pour connaître
les dates de la formation qui vous intéresse.