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Droit de préemption du locataire commercial :

le bailleur peut-il retirer son offre de vente ?

📌 Ce qu’il faut retenir

La Cour de cassation rappelle une règle simple… mais qui fait souvent grincer des dents : le bailleur peut rétracter son offre de vente tant que le locataire ne l’a pas acceptée, même pendant le délai d’un mois prévu par l’article L. 145‑46‑1 du code de commerce.

Autrement dit : 

➡️ Le droit de préemption n’est pas un “gel” de l’offre pendant un mois

➡️ La rétractation empêche la vente, 

➡️ Le locataire ne peut obtenir que des dommages-intérêts, jamais l’exécution forcée.

Une clarification bienvenue pour les bailleurs… et un rappel utile pour les professionnels de l’immobilier qui naviguent entre droit commun et droit spécial.

Cass. 3e civ., 25 juin 2026, FS‑B, n° 25‑10.765 (publié au Bulletin)

 

 

signature d'un compromis avec des clés d'un local professionnel.

L’affaire : quand le notaire se trompe de destinataire…

L’histoire commence comme un cas pratique que l’on pourrait donner à des étudiants… ou à des professionnels pour tester leur sang-froid.

Les bailleurs notifient un projet de vente du local commercial. Le notaire, manifestement trop pressé ou mal informé, adresse l’offre… à la sous‑locataire, alors que le locataire principal est le véritable titulaire du droit de préemption.

La sous‑locataire accepte. Les bailleurs, stupéfaits, rétractent l’offre dès le lendemain : ils n’ont jamais eu l’intention de vendre. Quelques jours plus tard, le locataire principal accepte à son tour et réclame la vente.

La cour d’appel lui donne raison. La Cour de cassation casse : pas d’acceptation = pas de vente.

La règle dégagée : droit commun + droit spécial = une seule solution

L’arrêt combine trois textes essentiels :

Article L. 145‑46‑1 du code de commerce

  • Le bailleur notifie son projet de vente au locataire.
  • Cette notification vaut offre de vente.
  • Le locataire dispose d’un délai d’un mois pour se prononcer.
  • Le bailleur ne peut pas vendre à un tiers pendant ce délai.
 

Articles 1113 et 1116 du code civil

  • Le contrat naît de la rencontre d’une offre et d’une acceptation.
  • La rétractation d’une offre avant acceptation empêche la formation du contrat.
  • Elle peut engager la responsabilité de son auteur, mais jamais l’exécution forcée.
 

La solution de la Cour

Le délai d’un mois n’est pas un délai de maintien obligatoire de l’offre. Il interdit seulement de vendre à un tiers. Il n’interdit pas au bailleur de renoncer à son projet de vendre tant que le locataire n’a pas accepté.

➡️ La rétractation est possible, mais elle peut coûter des dommages-intérêts.

Pourquoi cette décision est importante pour les professionnels ?

Pour les bailleurs

Ils conservent une marge de manœuvre : tant que le locataire n’a pas accepté, ils peuvent renoncer à la vente. La sanction est financière, pas immobilière.

Pour les locataires commerçants

Le délai d’un mois n’est pas un “droit de gel” de l’offre. L’acceptation doit être rapide, claire, et parfaitement formalisée.

Pour les notaires

L’arrêt est un rappel appuyé : une notification mal adressée peut déclencher un contentieux… et quelques sueurs froides.

Pour les agents immobiliers et gestionnaires

Il est essentiel d’expliquer aux parties :

  • ce que le droit de préemption permet,
  • ce qu’il ne permet pas,
  • et surtout ce qu’il n’a jamais permis : forcer une vente non acceptée.

Une décision qui remet les pendules à l’heure

Le droit de préemption du locataire n’est pas un régime d’exception qui écarte le droit commun des contrats. Il s’y articule. Et lorsque le texte spécial ne dit rien sur le maintien obligatoire de l’offre…

➡️ c’est le droit commun qui reprend la main.

La Cour de cassation confirme donc une lecture équilibrée :

  • le locataire est protégé contre une vente à un tiers,
  • mais il n’est pas protégé contre la rétractation du bailleur.
 

Professionnels de l’immobilier :

Ce qu'il faut retenir

  • Le bailleur peut rétracter son offre tant qu’elle n’a pas été acceptée.
  • Le délai d’un mois n’est pas un délai de maintien obligatoire.
  • La rétractation empêche la vente mais peut engager la responsabilité du bailleur.
  • Le locataire ne peut jamais obtenir l’exécution forcée de la vente.
  • Il pourra en revanche obtenir des dommages et intérêts en cas de retractation abusive
  • Les professionnels doivent sécuriser les notifications et les échanges.
  • Une erreur de destinataire peut déclencher un contentieux.

🔹 Conseils pratiques pour les professionnels

  • Vérifier systématiquement le destinataire exact de l’offre de vente.
  • Informer les bailleurs : la rétractation est possible, mais pas sans conséquence.
  • Informer les locataires : le délai d’un mois n’est pas un “droit de gel”.
  • Formaliser les acceptations de manière claire, datée, traçable.
  • Anticiper les litiges : la responsabilité du bailleur peut être engagée.

🔹 Pour aller plus loin

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