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Démolition en urbanisme

le juge doit désormais vérifier si une régularisation est possible avant de démolir

📌 Ce qu’il faut retenir

La Cour de cassation impose désormais au juge une règle essentielle : avant d’ordonner une démolition, le juge doit vérifier lui‑même si les travaux peuvent être régularisés (déclaration préalable, permis modificatif…). Et si le propriétaire accepte cette régularisation, la démolition ne peut pas être prononcée.

➡️ Pour les professionnels de l’immobilier, c’est une excellente nouvelle : une irrégularité d’urbanisme ne conduit plus automatiquement à la destruction d’un ouvrage. La régularisation devient une solution centrale pour sécuriser les ventes.

Cass. 3e civ., 18 juin 2026, FS‑B, n° 24‑14.342 (publié au Bulletin)

 

Démolition en urbanisme

Les faits en bref

Une SCI réalise un exhaussement de terrain important sans déclaration préalable. La commune demande la remise en état, ce qui signifie en pratique démolir l’exhaussement. La cour d’appel ordonne la démolition sans vérifier si une régularisation était possible.

La Cour de cassation casse : 

➡️ Le juge doit obligatoirement examiner si une mise en conformité est possible, même si aucune partie ne le demande.

Ce que dit la Cour de cassation

Avant de démolir, le juge doit :

  1. Vérifier si les travaux peuvent être régularisés,
  2. Demander au propriétaire s’il accepte cette régularisation,
  3. Ne prononcer la démolition qu’en dernier recours.

 

👉 La démolition n’est plus automatique.

👉 La régularisation doit être étudiée en priorité.

Les sources juridiques qui fondent cette solution

La réserve constitutionnelle (QPC 2020‑853 du 31 juillet 2020)

Le Conseil constitutionnel a jugé que la démolition ne peut être ordonnée que si :

  • aucune régularisation n’est possible,
  • ou si le propriétaire refuse la régularisation.

Cette réserve protège le droit de propriété, garanti par :

➡️ La démolition est une atteinte grave au droit de propriété : elle doit être strictement proportionnée.

2. La décision du Conseil d’État du 31 mars 2026 (n° 494252)

Le Conseil d’État a jugé que la régularisation reste possible :

  • même si le terrain est devenu inconstructible,
  • même si les travaux sont achevés (CE, 11 juin 2026, n° 502265).
 

➡️ Le juge administratif privilégie la régularisation. 

➡️ Le juge judiciaire adopte désormais la même logique.

Lien avec la loi Huwart (LOI n° 2025 1129 du 26 novembre 2025)

La loi Huwart vise à simplifier les règles d’urbanisme, notamment :

  • les changements de destination,
  • les transformations de bâtiments existants,
  • les procédures d’autorisation.
 

➡️ Cette simplification facilite la régularisation des travaux irréguliers, ce qui renforce l’intérêt de la décision de la Cour de cassation : régulariser plutôt que démolir.

Pourquoi c’est important pour les professionnels de l’immobilier ?

1. Sécurisation des transactions

Les irrégularités d’urbanisme sont un risque majeur :

  • perte de valeur du bien,
  • litiges post‑vente,
  • responsabilité de l’agent immobilier ou du notaire.
 

➡️ Avec cette décision, un ouvrage irrégulier peut souvent être régularisé, ce qui évite la démolition et sécurise la vente.

2. Devoir de conseil renforcé

Les professionnels doivent désormais :

  • vérifier les autorisations d’urbanisme,
  • identifier les travaux régularisables,
  • informer clairement les vendeurs et acquéreurs.
 

👉 Sur ce point, voir l’analyse Immodroit : Travaux réalisés par le vendeur : attention à la garantie des vices cachés 

Cet article rappelle que :

➡️ Un vendeur particulier qui réalise lui-même des travaux est assimilé à un professionnel,

➡️ Il ne peut pas s’exonérer des vices cachés,

➡️ Et il doit respecter toutes les règles d’urbanisme et de construction, faute de quoi sa responsabilité peut être engagée.

Points clés à retenir

  • Remise en état = démolition dans la plupart des cas, mais ce n’est plus automatique.
  • Le juge doit rechercher d’office une régularisation.
  • La démolition devient une solution de dernier recours.
  • Le droit de propriété est constitutionnellement protégé.
  • La jurisprudence administrative et judiciaire converge : régulariser plutôt que détruire.
  • La loi Huwart facilite les régularisations.
  • Les professionnels doivent intégrer la régularisation dans leur devoir de conseil.

Professionnels de l’immobilier :

Ce qu'il faut retenir

  • Toujours vérifier si les travaux ont été autorisés (DP, permis).
  • En cas d’irrégularité, analyser si une régularisation est possible.
  • Informer les parties : une irrégularité n’entraîne pas forcément une démolition.
  • Documenter les démarches de régularisation dans le dossier de vente.
  • Anticiper les risques : la régularisation est désormais un argument juridique fort.
  • Rappeler au vendeur que des travaux non conformes peuvent engager sa responsabilité (vices cachés).

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